Pas un coffee shop. Du carburant pour la pensée, servi sans discours.
Le café au Dernier Tirage a la même fonction que dans un polar : tenir le détective éveillé pendant qu'il réfléchit. On ne vous demandera pas si vous voulez du lait d'avoine ou un sirop noisette. On vous servira un café honnête, torréfié à Strasbourg, dans une tasse propre. Vous le boirez en lisant un livre ou en regardant le mur de Série Noire. Ça suffira.
On ne prétend pas être un café de spécialité troisième vague. On ne dessine pas de rosettes dans la mousse. On sert du bon café, on sait d'où il vient, on vous dit combien il coûte et pourquoi.
« Notre but est fort simple : vous empêcher de dormir. » Marcel Duhamel, 1948, et accessoirement, la caféine
On ne travaille pas avec un torréfacteur parce qu'il est bio, local, ou photogénique. On travaille avec Cafés Henri parce qu'ils torréfient à Strasbourg depuis 1949, que le patron goûte chaque lot avant achat, et que le café est bon. C'est tout.
Entreprise familiale, torréfaction à Oberhausbergen. Sélection rigoureuse des grains verts, torréfaction lente, dégustation systématique par le maître torréfacteur et le patron. 600 tonnes par an. Top 15 des torréfacteurs français. Pas une start-up, une institution strasbourgeoise de l'après-guerre.
Ils sont à quinze minutes du Dernier Tirage. On connaît la chaîne du grain à la tasse. Le café est torréfié cette semaine, pas il y a six mois dans un entrepôt à Rotterdam. Le rapport qualité-prix est honnête. Et la Série Noire est née en 1945, Cafés Henri en 1949, même époque, même état d'esprit d'après-guerre : faire du bon avec du sérieux.
Courte, lisible, honnête. Les prix incluent le service. Pas de supplément pour le lait végétal, pas de surtaxe pour la terrasse qu'on n'a pas.
C'est un choix, pas un oubli. Le Dernier Tirage est un lieu de reconquête, on ne sert pas la substance addictive la plus banalisée de France dans un espace dédié au sevrage et à la souveraineté du corps.
On ne fait pas la morale. On ne demande à personne d'arrêter de boire. On propose simplement un endroit où exister socialement sans consommer d'alcool, parce que cet endroit n'existe quasiment pas. Essayez de trouver un lieu à Strasbourg le soir où vous pouvez vous asseoir, discuter, lire, sans qu'on vous serve une bière par défaut. On est celui-là.
Les prix affichés sont les prix. Pas de « suggestion du barista » à 6 €. Un espresso coûte 1,50 € parce que le café coûte X au kilo, la tasse coûte Y à laver, et le loyer coûte Z au mètre carré. On ne cache rien, on n'arrondit pas « vers le haut pour la qualité ».
Le café n'est pas bio. Il n'est pas « issu du commerce équitable certifié par trois labels que personne ne vérifie ». Il est bon, il est torréfié cette semaine à quinze kilomètres d'ici, et le torréfacteur goûte chaque lot. Si un jour on trouve mieux, on changera, et on vous dira pourquoi.
On n'est pas un restaurant. On propose de quoi accompagner un café ou tenir une soirée ciné-débat sans tomber d'inanition : quelques pâtisseries simples, des planches sèches, du pain correct. Fournisseurs locaux, rien d'industriel, rien de prétentieux. La carte évoluera avec les saisons et les rencontres.
Si vous avez vraiment faim, le quartier Gare ne manque pas de bonnes adresses. On vous orientera.
Pas de playlist Spotify « chill vibes coffee shop ». Pas de jazz lounge en boucle. Le Dernier Tirage a un univers sonore qui colle aux murs noirs et aux Série Noire : du post-punk, du jazz modal, de la cold wave, des B.O. de polars, du spoken word. Le genre de musique qui ne vous empêche pas de lire mais qui vous installe dans un état d'esprit.
Le volume est bas. La musique est là pour colorer le silence, pas pour le remplacer. Les soirs de ciné-débat ou de Cercle, elle s'éteint. Le reste du temps, elle tourne en fond comme un murmure.
« Un bon café, un bon livre, et Godspeed en sourdine. »